GÉRARD MORDILLAT
Un insatiable curieux
Écrivain, réalisateur, essayiste, historien, comment définir Gérard Mordillat ?
Impossible, autant vouloir faire entrer un encyclopédiste du 18e siècle ou ce
qu'on appelle un « honnête homme », au sens ancien du terme, dans une
catégorie précise. Touche à tout, alors ? Non plus, ce serait terriblement
réducteur. Car ce qui, sans doute, motive Gérard Mordillat est ailleurs.
C'est d'abord une formidable curiosité, ouverte à tous les vents et tous les
horizons, au passé comme au présent, à nos dysfonctionnements présents
comme à l'origine enfouie dont peut-être ils sont issus. Tout l'intéresse, le
monde présent qu'il regarde avec l'oeil critique et sarcastique d'un Persan
innocent examinant les moeurs et coutumes de la Cour de France, le monde
passé qu'on n'explorera jamais assez pour comprendre les résistances
d'aujourd'hui, mais aussi le monde à venir que personne jamais ne saurait
prévoir, sauf à signaler les aberrations et erreurs à ne pas répéter. Ainsi
donc se succèdent depuis plus de 30 ans les oeuvres les plus diverses en
apparence, mais toutes reliées par une même lucidité et la volonté d'en
éclairer les zones d'ombre.
|
|
Biarritz du 20 au 25 janvier 2009 - EuroFipa d'honneur 2009
Romans (Vive la sociale, Rue des rigoles, Les Vivants et les Morts), films
pour le grand écran (Vive la sociale (Prix Jean Vigo), Billy ze Kick, Fucking
Fernand), oeuvres audiovisuelles de fiction (En Compagnie d'Antonin
Artaud, L'Île atlantique), ou encore documentaires et essais, par exemple
avec son complice et ami Jérôme Prieur, La Véritable Histoire d'Artaud le
Momo, Jacques Prével, de colère et de haine, mais aussi cette incroyable
série documentaire réexaminant la légende et la réalité des fondations
même du monde judéo-chrétien occidental Corpus Christi (10h24),
L'Origine du christianisme (8h40) ou L'Apocalypse (10h24). Encore n'estce
ici qu'un faible aperçu, forcément arbitraire, de l'oeuvre envisagée.Mais
on l'aura compris : en choisissant d'honorer pour son édition 2009 Gérard
Mordillat, le Fipa n'a fait que reconnaître le talent et l'intelligence d'un créateur
en perpétuel mouvement qui nous surprend toujours. Puisse-t-il continuer
longtemps ainsi, Veilleur attentif dans un monde souvent trop sûr de
lui-même, questionneur inlassable de notre bonne conscience, Gérard Mordillat
nous remet sans cesse en cause, reposant au centre de son oeuvre
la question essentielle de la justification de l'être humain dans le cosmos.
Pierre-Henri Deleau
Biographie
Gérard Mordillat est né à Paris dans le quartier de Belleville, d'un
père serrurier à la SNCF. Il commence par exercer différents métiers,
dont celui d'ouvrier imprimeur. Très vite, il s'intéresse à la littérature
et au cinéma, domaine dans lequel il fait son apprentissage en tant
qu'assistant, notamment aux côtés de René Allio. Il publie des
poèmes, travaille avec Roberto Rossellini (grâce à la caissière de la
Cinémathèque), devient responsable des pages littéraires du journal
Libération qu'il quitte en 1981, puis se fait remarquer avec un documentaire
de télévision sur les patrons français, La Voix de son maître
coréalisé avec Nicolas Philibert qui, censuré par son
commanditaire, est finalement diffusé dans une salle parisienne.
Cette première oeuvre témoigne d'une approche cinématographique
privilégiant l'enracinement social de ses personnages.
Très à l'aise dans la description des quartiers populaires, il signe en
1983 un premier long métrage largement autobiographique, Vive la sociale !.
adapté du roman éponyme qu'il a publié deux ans auparavant.
C'est encore la banlieue que Billy-Ze-Kick en 1985 et Toujours
seuls en 1991 évoquent sur le ton de la comédie, tandis que Fucking
Fernand en 1987 dévoile la veine loufoque et contestataire du cinéaste.
La Seconde Guerre mondiale y est tournée en dérision, tout
comme la guerre d'Algérie dans Cher Frangin qu'il réalise en 1989.
Ce cinéaste anticonformiste change brillamment de registre en signant
une fiction sur les dernières années d'Antonin Artaud avec
Sami Frey dans le rôle-titre En compagnie d'Antonin Artaud. ainsi
qu'un documentaire sur le même sujet La Véritable Histoire d'Artaud
le Mômo qui marquent le début de sa collaboration avec Jérôme
Prieur. En 1997, ils conçoivent la série Corpus Christi. composée de
10 émissions sur Jésus, diffusée sur la chaîne franco-allemande Arte.
Avec Les Origines du christianisme en 2003 et L'Apocalypse en 2008,
ils ont enquêté sur l'émergence du christianisme dans le monde
judéo-romain.
|